Construit au XIe siècle par la famille des Adhémar sur un ancien site gallo-romain, Mirmande a été progressivement abandonné après la guerre de 1914 : les jeunes hommes sont partis et ne sont pas revenus, les maisons ont craquelé, les ruelles se sont recouvertes de végétation. En 1926, André Lhote, peintre parisien connu pour son cubisme influencé par Cézanne, passe par hasard au pied du piton et monte voir ce qu'il reste du village. Il n'en revient plus. Dans les années qui suivent, il convainc des amis peintres, architectes et écrivains d'acheter les maisons que les habitants abandonnaient pour quelques centaines de francs. La restauration dure vingt ans. Aujourd'hui, Mirmande est une des réussites les plus remarquables de l'histoire de la préservation du patrimoine rural en France.
Fiche identité
| Région | Auvergne-Rhône-Alpes |
|---|---|
| Département | Drôme (26) |
| Population | 600 hab. |
| Altitude | 201 m |
| Label | Plus Beaux Villages de France |
Ce qui rend Mirmande unique
Mirmande est un village entièrement restauré par des artistes, et cela se voit dans chaque détail. Les volets ont des teintes légèrement différentes des villages voisins. Les jardins en terrasses cultivent des plantes rares. Les ateliers d'artisans et les galeries d'art occupent les maisons que les carriers et les paysans ont abandonnées. La vue depuis le sommet du village sur la plaine du Rhône, le Vercors au nord-est et le Ventoux au sud est l'une des plus larges de la Drôme, et reste exactement celle qu'André Lhote peignait.
À voir absolument à Mirmande
Maison et atelier d'André Lhote
André Lhote (1885-1962), théoricien du cubisme et ami de Braque et Léger, a vécu à Mirmande de 1926 jusqu'à sa mort. Sa maison, restaurée par ses soins, est aujourd'hui en partie accessible. Sa contribution à la peinture du XXe siècle est surtout théorique : ses "Traités du paysage" et de "la figure" ont formé plusieurs générations de peintres, dont Tamara de Lempicka pour qui il fut professeur.
Église Sainte-Foy (XIe-XIIe siècle)
L'église romane de Mirmande est l'une des mieux conservées de la Drôme. Sa nef unique, son abside semi-circulaire en pierre de taille et ses chapiteaux sculptés de motifs végétaux témoignent d'un art roman sobre et élégant. L'église est ouverte toute l'année et sert encore de lieu de culte. Le clocher offre une vue sur le village et la plaine depuis son sommet (accès libre en été).
Ruines du château et chemins de ronde
Au sommet du piton (à 260 mètres), les ruines du château médiéval des Adhémar offrent le panorama le plus large sur la plaine du Rhône, depuis le Vercors jusqu'au Mont Ventoux. Le chemin qui monte depuis l'église passe par d'anciennes tours de guet et des tronçons de remparts encore debout. La montée prend environ 20 minutes depuis le centre du village.
Jardins en terrasses et ruelles fleuries
Les artistes qui ont restauré Mirmande ont aussi créé des jardins en terrasses sur les flancs du piton, cultivant des herbes aromatiques, des rosiers grimpants et des arbustes méditerranéens. Ces jardins privés sont parfois visibles depuis les ruelles surplombantes. Au printemps (avril-mai), les glycines et les rosiers en fleur sur les façades de pierre font de chaque ruelle un tableau vivant.
Galeries d'art et ateliers d'artisans
Une dizaine de galeries et d'ateliers d'artisans se sont installés dans les maisons du village depuis les années 1980. Potiers, peintres, sculpteurs, ébénistes y travaillent dans des espaces ouverts à la visite (entrée libre, vente directe). Le niveau est variable mais certains artisans exposent aussi dans des galeries parisiennes. La liste des ateliers ouverts est affichée à l'entrée du village.
André Lhote a mis au point à Mirmande une technique de peinture paysagère qu'il appelait la "construction cubiste du paysage provençal" : il géométrisait les collines, les toits et les arbres en plans colorés distincts, comme si chaque élément du paysage était une facette d'une pierre taillée. Cette technique, qu'il enseignait dans son académie de Paris, a influencé directement Tamara de Lempicka, devenue célèbre pour ses portraits Art Déco aux volumes géométriques. On retrouve les collines de Mirmande dans la façon dont Lempicka structure ses arrière-plans architecturaux.
Conseils pratiques
- Mirmande est souvent associé à Crest (10 km) et à la vallée de la Drôme dans un même circuit : Crest pour son donjon médiéval (le plus haut de France, gratuit à monter), Mirmande pour l'architecture et les galeries, retour par les gorges de la Drôme (D164). Comptez une journée.
- Le marché de Livron-sur-Drôme (5 km en bas du piton) a lieu le vendredi matin. Plus pratique et moins cher que les marchés provençaux touristiques. Pour les courses de saison et les producteurs locaux (abricots, noix, truffes en hiver).
- Si vous êtes intéressé par l'art, le mois d'août est celui des expositions et des vernissages. Plusieurs galeries organisent des événements culturels en soirée. La chaleur de fin de journée dans les ruelles pierreuses est encore agréable après 18h.
- L'hébergement à Mirmande est rare et cher. Préférez séjourner à Montélimar (15 km), Livron ou Loriol et venir en journée. En semaine, le village est quasi désert même en pleine saison : un avantage rare.
- Grignan est à 30 km de Mirmande par la D104. Les deux villages se visitent dans la même journée depuis une base à Montélimar ou Romans-sur-Isère. Ajouter La Garde-Adhémar (entre les deux) pour un circuit Drôme Provençale complet.
Quand visiter Mirmande ?
Avril à octobre est la bonne saison. Printemps (avr-mai) pour les fleurs sur les ruelles. Juillet-août pour les galeries ouvertes et les événements culturels. Septembre pour une lumière d'automne sur la pierre. Hiver : village quasi fermé, peu d'intérêt.
Comment y aller ?
Voiture depuis Valence (35 km, 40 min), Montélimar (18 km, 20 min). La gare la plus proche est Livron (5 km en bas) depuis Valence ou Montélimar. Le village est inaccessible aux camping-cars (ruelles étroites et pentues). Parking en bas du piton.
Villages proches à découvrir
Grignan
Grignan pose son château sur un éperon rocheux dominant la plaine de la Drôme Provençale, visible à des kilomètres à la ronde entre les champs de lavande et les truffières. Ce château Renaissance, l'un des plus beaux du sud de la France, doit sa célébrité mondiale aux lettres de Madame de Sévigné, qui y séjourna à plusieurs reprises chez sa fille la Comtesse de Grignan et y mourut en 1696. Chaque été, le Festival de la Correspondance réunit des milliers de lecteurs dans la cour du château autour des mots et de l'art épistolaire.
La Garde-Adhémar
La Garde-Adhémar est posée sur un piton de calcaire dominant la plaine du Tricastin, entre Montelimar et Orange. Son prieuré roman Saint-Michel du XIe siècle, son jardin des herbes de six cents espèces médicinales et aromatiques, ses ruelles de pierre blanche et la vue sur les Dentelles de Montmirail par temps clair en font l'un des villages les plus discrets et les plus élégants de la Drôme Provençale. À vingt minutes de Grignan et à dix minutes de l'autoroute A7, il reste pourtant ignoré de la plupart des guides touristiques.